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Réseau FAR

03
Mai
2021

Cameroun / Expérimenter pour institutionnaliser

État des lieux et perspectives du processus d’élaboration de la Stratégie Nationale de Formation Agricole et Rurale (SNFAR) au Cameroun. Martial Franck TAKAMGANG, responsable de la composante “Institutionnalisation du dispositif rénové de formation et d’insertion”, Programme PCP-Afop, revient sur le processus de rénovation de la Formation Agricole et Rurale au Cameroun, basé sur l’expérimentation. Il en dégage les principales avancées, les défis à relever et les perspectives.

Cette contribution a permis de nourrir le FAR Thema#1 sur la Stratégie Nationale de Formation Agricole et Rurale.

Depuis plus d’une décennie, le Cameroun est engagé dans la dynamique d’élaboration de sa Stratégie Nationale de Formation Agricole et Rurale (SNFAR) dans une logique processus et avec comme choix stratégique, la rénovation du dispositif de formation agricole à titre expérimental, puis son institutionnalisation dans le cadre d’une politique publique de formation agricole et rurale si les résultats sont concluants. Cette dynamique, portée et animée par le programme d’Appui à la rénovation et au développement de la Formation professionnelle dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et la pêche (AFOP), est encadrée depuis 2018 par la Loi sur la formation professionnelle, promulguée la même année, et s’inscrit dans la Stratégie nationale de Développement du secteur Rural (SDSR)/Plan National d’Investissement Agricole (PNIA) actualisée en 2020.

Genèse du processus

Le dispositif national de formation agricole et rural du Cameroun a été développé dans les années 70 et 80, dans le cadre d’une économie administrée avec pour finalité de former d’une part, les techniciens dont les pouvoirs publics avaient besoin et d’autre part, les producteurs aux techniques modernes de production mises au point par la recherche. L’avènement de la libéralisation de l’économie avec pour corollaire l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux métiers ont remis fondamentalement en question ce dispositif.

Conscient de l’inadaptation de son système de formation, le gouvernement camerounais a entrepris avec l’appui de la FAO dans le cadre du TCP/CMR/6613, « Appui à la réforme de l’enseignement et de la formation agricole et rurale », une évaluation approfondie de la situation qui a débouché sur les grandes orientations de la réforme du système d’enseignement et de formation fondées sur les axes suivants :

  • La professionnalisation : formations à des métiers ;
  • L’adéquation formation/emploi ;
  • La régionalisation ;
  • La rénovation pédagogique ;
  • La requalification des formateurs ;
  • La réforme du cadre institutionnel donnant une large autonomie aux établissements.

En 2002, le Ministère de l’Agriculture a élaboré un projet de déclaration de politique nationale de l’enseignement et de la formation professionnelle agricole qui reprend pour l’essentiel, les orientations retenues dans le cadre du TCP FAO, présentées ci-dessous. Ce projet de déclaration précise par ailleurs le rôle et la place de l’enseignement et de la formation professionnelle agricole dans la Stratégie de Développement du Secteur rural élaboré à cette époque (2005), jetant ainsi les bases de la réforme de l’enseignement et de la formation agricoles.

Le programme AFOP : Instrument de mise en œuvre de la réforme de l’enseignement et de la formation agricoles

En 2006, le gouvernement du Cameroun, à travers le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) et le Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA), a saisi l’opportunité du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) pour rénover son dispositif national de formation agricole avec le programme AFOP comme instrument de mise en œuvre. Depuis 2008, AFOP anime la dynamique de conception, de mise en œuvre et de suivi-évaluation de la rénovation du dispositif suivant une approche processus et de co-construction impliquant les acteurs locaux à tous les niveaux afin de répondre à la demande politique, économique et sociale des territoires ruraux.

Phases de processus de rénovation

Au-delà de la mise à niveau des structures de formation et de l’amélioration des flux de formation et d’insertion, la rénovation a également permis le développement de nouvelles fonctions au sein du dispositif, la mise en place des organes et structures conséquentes, et la montée en compétences techniques et managériales des acteurs impliqués dans le pilotage et l’animation du dispositif. C’est ainsi que :

  • Au niveau des territoires : les Conseils de gestion ont été mis en place pour impliquer les acteurs de territoire dans la cogestion des structures de formation conformément à la Loi sur la formation professionnelle dans un contexte de décentralisation.
  • Au niveau méso (Régions/zones) :
    • 4 correspondances de zone ont été mises en place pour assurer le suivi-évaluation et apporter un appui-technique de proximité aux structures de formation ;
    • 3 centres de ressources ont été développés pour assurer entre autres, la formation initiale et le perfectionnement des formateurs ;
    • 1 commission financière a été mise en place pour le financement des projets d’insertion des jeunes formés ;
    • 1 commission d’approbation et de validation des projets des centres pour le financement de ces structures de formation.
  • Au niveau national :
    • 1 comité de pilotage co-présidé par le Ministre en charge de l’agriculture et le Ministre en charge de l’élevage a été mis en place pour l’orientation stratégique du dispositif ;
    • 1 mission d’inspection a été mise en place au sein du MINADER et du MINEPIA pour assurer le conseil, l’évaluation et le contrôle au sein du dispositif ;
    • 1 Coordination nationale a été créé pour assurer entre autres, la gestion du dispositif, le suivi-évaluation, la production des savoirs, le renforcement des capacités des acteurs, la communication et le plaidoyer.

Le tableau ci-après présente la carte des acteurs et des compétences mobilisés dans la conception, la mise en œuvre et le suivi-évaluation du dispositif.

État des lieux et principaux résultats de la rénovation

Le dispositif rénové à l’échelle nationale implique 122 structures publiques et privées de formation agricole. Il développe 10 parcours de formation professionnelle adossés à des référentiels métiers regroupés en trois grands groupes, à savoir : les métiers d’entreprenariat (auto-emplois par la création d’une exploitation agropastorale ou entreprise de pêche), les métiers d’appui aux entrepreneurs et les métiers de conseils (emplois salariés ou auto-emplois par la création des cabinets de prestation de services).

Pour organiser, animer et évaluer les formations, de nouvelles démarches et outils pédagogiques ont été développées, notamment la pédagogie par alternance sur trois pôles (Exploitation/Famille et Centre) et la démarche d’accompagnement des apprenants à l’élaboration de leur projet d’insertion socio-professionnelle.

Le pilotage et l’animation du dispositif mobilisent environ 794 personnels de l’État et cadres contractuels du programme ou des structures de formation, et plus de 3 945 acteurs de territoires composés des acteurs en charge de la gouvernance des structures de formation (autorités traditionnelles, Maires, représentants des OPA, etc.) et des acteurs en charge de l’animation des formations (producteurs référents et maîtres de stage).

Au plan financier, un centre de formation rénové consomme en moyenne 24 millions FCFA par an contre 23 millions en moyenne dans les écoles. L’étude sur l’économie de la formation actualisée en 2018 a révélé que le coût annuel de tout le dispositif s’élève à 6,6 milliards de FCFA.

Pour ce qui des résultats du dispositif, la figure ci-contre affichent le nombre total de jeunes formés et insérés en 2020, la contribution de ces jeunes à la création des richesses et des emplois ainsi qu’au développement des filières stratégiques.

Résultats du dispositif Afop

Défis et perspectives de la rénovation

La consolidation du dispositif rénové (maintien de l’opérationnalité et perfectionnement) et sa pérennisation constituent les deux principaux défis de la rénovation portée par le programme AFOP.

Pour ce qui est de la consolidation, Il est question de poursuivre les actions de formation et d’insertion tout en les perfectionnant :

  • au niveau de la formation, il s’agira de mettre en place les ateliers pédagogiques en lien avec le développement des chaines de valeurs et les changements climatiques (agroécologie) d’une part, et de développer la formation continue des producteurs et pêcheurs en activité dans le cadre de la massification d’autre part.
  • au niveau de l’insertion, il s’agira d’accompagner le développement des exploitations des jeunes formés et insérés dans les bassins à travers l’appui à la structuration de ces jeunes et au développement de nouvelles fonctions au sein de leurs organisations.

S’agissant de la pérennisation du dispositif rénové envisagée par le transfert des fonctions jusqu’ici assurées par le programme AFOP aux structures pérennes de l’État et au territoire, elle est structurée autour de quatre axes :

  • la pérennisation réglementaire pour arrimer le dispositif à la Loi sur la formation professionnelle promulguée en 2018. Elle est envisagée à travers le développement d’un cadre de collaboration entre le MINADER et le MINEPIA, en tant qu’acteur en charge de la mise en œuvre de la formation professionnelle dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, et le Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP) en tant qu’acteur chargé de la régulation de la formation professionnelle. C’est également dans le cadre de cette collaboration que la SNFAR sera élaborée.
  • la pérennisation du socle de compétence sur lequel repose le pilotage et l’animation du dispositif rénové. Deux grandes actions sont envisagées dans ce cadre : la mise en place d’un Master en ingénierie de formation à l’Université de Ngaoundéré et le développement de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (personnels de l’État) et de la gestion des compétences de gouvernance des structures de formation (acteurs de territoires).
  • la pérennisation organique qui vise à définir les organes à mettre en place et les fonctions à transférer aux structures pérennes de l’Etat et aux territoires.
  • la pérennisation financière envisagée à travers la collaboration avec le MINEFOP dans le cadre du fonds sur la formation professionnelle en étude d’une part, et par la conduite du dialogue muti-acteurs impliquant notamment les maires dans le cadre de la décentralisation, et les jeunes formés et insérés dans les bassins d’autre part. Des études sur les modes de financement innovants des jeunes formés seront également explorées dans ce cadre.

Les défis à relever par la rénovation, notamment en lien avec la pérennisation de ses acquis sont plus d’ordre institutionnel que technique. Par conséquent, ceux-ci font appels a de nouveaux champs de compétences et besoins d’accompagnement de la part du programme AFOP qui doit animer cette dynamique.

Martial Franck TAKAMGANG
Ingénieur Agronome (Socio économiste), Ingénieur de la formation et des systèmes d’emplois
Responsable de la composante « Institutionnalisation du dispositif rénové de formation et d’insertion », Programme PCP-AFOP

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