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Réseau FAR

04
Mai
2021

Bénin / Vers un réajustement structurel et fonctionnel de la FAR au Bénin

Au Bénin, la réforme de la Formation Agricole et Rurale s’inscrit dans la réforme plus large de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels. Quelles sont les réponses proposées aujourd’hui pour faire face aux défis de la FAR au Bénin ? Ismail Moumouni, enseignant chercheur à l’université de Parakou, membre du réseau FAR, nous propose une synthèse de la situation actuelle du Bénin.

Cette contribution a permis de nourrir FAR Thema#1 sur la Stratégie Nationale de Formation Agricole et Rurale.

Le Bénin connait actuellement des réformes dans tous les secteurs de vie socio-économique. La libéralisation de l’économie ayant accompagné la démocratisation pendant les années 90 a permis l’implication des acteurs privés, à but lucratif ou non, dans la formation agricole et rurale (FAR). Cependant, 97% des titulaires de brevet d’études de premier cycle poursuivent leurs études dans l’enseignement général contre seulement 3% dans l’enseignement technique et la formation professionnelle. La persistance du chômage des jeunes justifient une redéfinition des modèles de gouvernance administrative, pédagogique au niveau des établissements, des territoires mais aussi au niveau national.

Le taux de chômage élevé révèle une faible efficacité externe des dispositifs de formation. Les déterminants de cette faible efficacité externe sont liés à une gouvernance inadéquate ne facilitant pas la coordination des interventions et à l’inadéquation de la FAR par rapport au marché du travail (compétences, emplois, métiers). Le manque de synergie des actions des acteurs publics et privés n’a pas permis de mettre en place une FAR efficace du point de vue interne et externe. Des préoccupations restées sans réponses pertinentes sont entre autres :

  • les modalités d’une gouvernance inclusive ;
  • les connections entre la FAR et le marché du travail (auto-emploi, emploi salarié) ;
  • la place de l’enseignement supérieur dans la FAR.

Quelles sont les réponses proposées aujourd’hui pour faire face aux défis de la FAR au Bénin ? La réforme proposée touche évidemment tous les aspects de la FAR. Mais ce témoignage n’en abordera que quelques-uns. Il s’agit des orientations politiques, la gouvernance et la pédagogie.

Réformer l’enseignement technique et de la formation professionnelle

Le Gouvernement du Bénin a élaboré de façon inclusive une Stratégie Nationale de l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels (SN-EFTP 2020-2030) en phase avec la politique nationale de l’éducation. Cette stratégie indique désormais les orientations transversales prioritaires à suivre en matière de FAR dans tous les secteurs porteurs. L’opérationnalisation de la stratégie conduit au développement du programme de l’EFTP pour le secteur agricole. Ce programme s’appuie sur une analyse du secteur agricole marqué par la politique territoriale de développement agricole du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP). Sept Pôles de Développement Agricole (PDA) ont été définis. Des filières locomotives ont été assignées à chaque PDA. Dans chaque PDA, les actions de développement agricole sont coordonnées par une Agence Territoriale de Développement Agricole (ATDA), relayée au niveau communal par des Cellules Communales (CeC). Le programme de l’EFTP dans le secteur agricole sera porté par le Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle. Le rôle que devra jouer le MAEP dans la mise en œuvre du programme reste encore à clarifier.

Le modèle de gouvernance et de pilotage en construction est caractérisé par une plus grande implication du secteur privé et du monde professionnel. A ce titre, il a été mis en place un Cadre National de Concertation pour la Promotion de l’EFTP (CNCP-EFTP). Pour opérationnaliser cette volonté politique exprimée à travers la SN-EFTP 2020-2030 en son option stratégique 19, le CNCP-EFTP a été mandaté pour la mise en place de deux organes d’appui que sont les Commissions Techniques Sectorielles (CTS) et les Commissions Locales d’Appui à la Professionnalisation de l’Enseignement (CLAPE).

  • Les CTS constituées à 70% des interprofessions et des institutions privées de formation intervenant dans le secteur considéré a pour mission fondamentale de proposer des offres de formation qui tiennent compte des besoins du marché de l’emploi au niveau national.

La Commission Technique Sectorielle de l’agriculture regroupe deux (2) représentants du Ministère en charge de l’agriculture, six (7) représentants des interprofessions formalisées, un (1) représentant des universités agricoles, un représentant des établissements public d’enseignement agricole, deux (2) représentants des établissements privés d’enseignement agricole, un (1) représentant de la Chambre N deux (2) représentants du Ministère en charge de la formation professionnelle.

  • Les CLAPE par contre sont les démembrements des CTS à l’échelle du territoire et sont constituées à majorité des entreprises et la collectivité locale. Leur mission consiste à veiller à l’implication effective des entreprises locales dans la gouvernance administrative et pédagogique des établissements d’EFTP à l’échelle du territoire.

La CLAPE-Agriculture est raisonnée par pôle de développement agricole soit sept (7) CLAPE. Chacune d’elles est constituée de représentants des structures déconcentrées du MAEP (DDEAP, ATDA), de la représentation des cluster agricoles intervenant au niveau du PDA considéré, de la représentation des entreprises non encore affiliées à un cluster, de la représentation des universités et établissements de formation agricole implantés sur le territoire du PDA, de la représentation des projets/programmes intervenant dans l’appui à la promotion des filières agricoles dans le PDA et la collectivité locale représentée par les associations de communes partageant des centres d’intérêt commun au niveau du PDA ciblé.

La répartition des sièges et le modèle économique de ce cadre de concertation à l’échelle locale seront discutés lors des ateliers de mise en place prévu courant deuxième trimestre 2021. Dans cette perspective, il est prévu par la Stratégie Nationale de l’EFTP, la relecture des textes de gestion des établissements publics d’EFTP en vue de responsabiliser davantage le secteur privé et le monde professionnel dans le pilotage et la gouvernance desdits établissements.

A terme, ces espaces de dialogue sont fortement institutionnalisés et laisseront peu d’ouverture pour les fora et réseaux nationaux de la FAR.

Offrir une formation professionnelle agricole variée

Les lycées techniques agricoles dont le nombre passera d’une dizaine à une trentaine, doivent offrir à l’avenir un portefeuille beaucoup plus varié de formation professionnelle. Le modèle pédagogique souhaité suggère:

  • une orientation de la FAR vers les qualifications et les métiers ;
  • une diversification des offres et des modalités (présentielle, par alternance, itinérante, à distance) de formation dans différentes langues (Français, langues locales) pour plus d’inclusivité (prise en compte des déscolarisés, non scolarisés, femmes, acteurs éloignés ou à mobilité difficile, etc.) ;
  • le renforcement de l’écosystème de la formation à travers une diversification des dispositifs de formation (Centres de Services Agricoles et de Formation, Institut Universitaire d’Enseignement Supérieur, Exploitations agricole-type, etc.) dans une logique holistique pour créer plus de synergie, d’efficacité d’efficience.

La réforme propose la formation par apprentissage débouchant sur le certificat de qualification au métier, du certificat de qualification professionnelle et la formation classique conduisant au certificat d’aptitude professionnelle, à l’attestation de qualification professionnelle, au diplôme de technicien au métier (en remplacement du Diplôme d’Études Agricoles Tropicales) et au diplôme universitaire de technologie.

Vu l’absence de centres de formation professionnelle agricole dans le système ainsi décrit, il subsiste la question de savoir si les lycées agricoles seront en mesure de fournir de la formation de proximité à tous les acteurs des chaines de valeurs.

Ismaïl Moumouni
Professeur d’agro-sociologie à l’Université de Parakou au Bénin
ismailmm@gmail.com

Marcellin Hyle
Consultant en formation agricole et rurale
hylebj@yahoo.fr

Point focaux Bénin Réseau FAR

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