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Réseau FAR

02
Juin
2022

Cameroun / Rénover le dispositif public de vulgarisation agricole

[Retours d’expériences] Depuis 2009, le Cameroun est engagé dans une réforme profonde du dispositif de vulgarisation agricole et de ses méthodes. Objectif : faire évoluer la vulgarisation agricole, caractérisée par une approche technique verticale descendante, vers du conseil agricole, caractérisé par une prise en compte globale des activités productives et des besoins des producteurs. Ce changement d’approche permet d’agir sur la production en améliorant les pratiques et en faisant le choix d’activités plus rentables. Une expérience qui illustre les mécanismes de financement des dispositifs de renforcement des capacités des producteurs et productrices.
Cette expérience est l'une des 23 pratiques innovantes de formation de producteurs et productrices en Afrique qui ont nourri le séminaire international Investir dans la formation des producteurs & productrices : c’est construire l’avenir !, Sénégal, 2021. Toutes les expériences

Dans quel contexte se développe ce programme ?

Dans le cadre du Contrat de Désendettement Développement (C2D) en 2008, l’AFD s’est engagée avec le gouvernement camerounais sur le développement du secteur agricole en consonance avec la stratégie de croissance et d’emploi pour l’émergence à l’horizon 2035 et la modernisation de l’agriculture (agriculture dite de 2ème génération).

Quels étaient les constats de départ ?

A la fin des financements du Programme National de Vulgarisation Agricole en 2003 et au vu des résultats mitigés, le ministère de l’agriculture (MINADER) a souhaité faire évoluer la vulgarisation agricole en prenant en compte la dimension économique et en adoptant une approche par projet. Ce changement n’était possible qu’à condition de réformer en profondeur le dispositif en place et ses méthodes.

Quels sont les objectifs visés ?

Il s’agissait de faire évoluer la vulgarisation agricole caractérisée par une approche technique verticale descendante (top-down) dite d”encadrement” focalisée sur des productions spécifiques, vers du conseil agricole caractérisé par une prise en compte de toutes les activités productives et des besoins des producteurs dans les domaines techniques, financiers, économiques et organisationnels selon une démarche d'”accompagnement” contractualisée à la demande.

Dans les deux premières phases précédant le programme ACEFA, le conseil était dispensé principalement à travers les organisations de producteurs légalisées. De plus, un observatoire des exploitations familiales a été mis en place avec du conseil de gestion. Aujourd’hui le public cible est élargi aux groupes de producteurs non organisés/légalisés.

Quels sont les acteurs principaux et leurs rôles ?

  • L’AFD à travers le C2D a ainsi apporté les moyens financiers au Programme ACEFA, exécuté sous la maîtrise d’ouvrage des ministères de l’agriculture (MINADER) et de l’élevage (MINEPIA), pour réorganiser le dispositif public hérité du PNVRA, former les conseillers et les cadres à la nouvelle approche, équiper tout le personnel en matériel informatique et bureautique, transport et moyens de communication et financer par des subventions les projets d’investissement productif des organisations de producteurs (matériel, bâtiments, aménagements).
  • Le programme est cogéré avec la profession agricole représentée au niveau national dans le comité de pilotage, au niveau régional et départemental dans les commissions de sélection des projets (CSP) et les comités départementaux du conseil (CODEC). Les bénéficiaires du conseil (appelés clients) sont représentés au sein des comités locaux de groupements (CLG).
    • Les CSP sont composées de 4 producteurs et 4 fonctionnaires et ont un mandat officiel nominatif pour octroyer les fonds destinés à subventionner les investissements des organisations de producteurs.
    • Les CODEC sont composées des représentants des organisations professionnelles agropastorales nationales ou régionales organisées par produit. Elles ont pour mission d’évaluer les services de conseil agricole et de les orienter pour mieux répondre aux besoins et aux problématiques des producteurs.

Quelles sont les principales activités menées ?

Les activités principales sont :

  • l’équipement des unités opérationnelles et du personnel en matériel bureautique et informatique, motos, véhicules, mobilier, moyens de communication, fournitures et services, réhabilitation et aménagements des locaux ;
  • la formation des conseillers agricoles recrutés sur concours interne parmi les fonctionnaires (agents de vulgarisation) et récemment ouvert aux non fonctionnaires. A ce jour plus de 2000 conseillers et cadres on été formés avec plus de 160 000 hommes jours de formation réalisés ;
  • la conception et la mise en œuvre de 9 services de conseil avec 4 catégories de conseillers (actuellement 1625 conseillers actifs + encadrement) ;
  • le développement d’applications informatisées spécifiquement pour faciliter le travail des conseillers dans la collecte et le traitement des informations (techniques, économiques et financières) et le montages des projets (étude de faisabilité) ;
  • l’installation d’un système d’information en réseau sur tout le territoire national avec des applications conçues pour le suivi des clients et des activités de conseil, le partage des ressources, la programmation des activités…
  • plus de 6500 projets d’OP ont été subventionnés pour un montant de 26 mds FCFA. Compte tenu de la petite taille des exploitations, bon nombre d’investissements ne seraient pas rentables à l’échelle individuelle, de ce fait l’investissement collectif est indispensable et agit comme un vrai levier de développement.

Comment ont été identifiés les besoins en formation ?

Le conseil agricole (décrit dans le “Guide du conseil agricole”) est fondé sur une démarche d’accompagnement des producteurs et de leurs organisations dans leurs activités allant de la production jusqu’à la commercialisation et vise principalement l’augmentation des revenus en abordant les questions techniques, financières, économiques et organisationnelles. Ainsi il permet d’agir sur la production en améliorant les pratiques et en faisant le choix d’activités plus rentables.

Les conseillers agricoles n’ont pas pour vocation de faire de la formation de manière formelle, mais ils forment les producteurs “sur le tas” à travers les activités de conseil, principalement collectives (échange entre les producteurs). L’accompagnement des producteurs se fait à partir d’une demande formelle et d’une contractualisation (contrat d’objectifs) faite sur la base d’un diagnostic et d’un plan d’action réalisé par les producteurs avec l’aide du conseillers. C’est ainsi que naissent “les besoins” et le choix des services de conseil délivrés aux clients selon une méthodologie bien définie pour chaque service (guides méthodologiques des services).

Neufs services sont proposés et intitulés comme suit : 1) Voir clair pour agir, 2) Produire mieux, 3) Entreprendre avec notre organisation, 4) Développer notre organisation, 5) Développer mon exploitation, 6) Réussir une nouvelle activité, 7) Réussir notre projet, 8) Mobiliser une expertise technique, 9) Formaliser notre organisation

Comment est financée ce programme ?

Jusqu’à ce jour, le dispositif a été financé :

  1. à 70% sur le C2D qui couvre les besoins de fonctionnement, d’équipement, de formation, assistance technique et subventions des projets d’investissement
  2. à 30% sur le budget de l’État pour les salaires des fonctionnaires.

Pour assurer la pérennité à travers un organisme public indépendant (type agence), il est envisagé de couvrir les dépenses annuelles de fonctionnement et d’investissement par des taxes parafiscales prélevées sur les produits agricoles (10 milliards FCFA), continuer d’assurer les salaires des fonctionnaires par l’État (6 milliards FCFA) et de couvrir la “fonction support et développement” (formation, études, appui technique, etc.) par les partenaires techniques et financiers (2 milliards FCFA). D’autre part il est nécessaire d’envisager la construction de bâtiments offrant des conditions de travail adéquates (plan bâtiment estimé à 15 milliards de FCFA).

Comment est pris en compte l’agroécologie dans vos activités de renforcement de capacités des producteurs et productrices ?

L’agroécologie fait partie des orientations techniques à développer dans le conseil, mais malgré les déclarations d’intention, on ne sait pas trop comment aborder cette “transition”: il n’y a pas de solutions évidentes et simples, mais des itinéraires complexes, “hasardeux” et long à mettre en place, relevant aussi parfois de l’effort collectif.

La plupart des producteurs misent sur l’agriculture conventionnelle chimique (engrais et pesticides) ; la recherche semble peu présente. Actuellement les conseillers recensent les initiatives d’agriculture durable pour tenter de les accompagner. Le plus important est que les conseillers, tout en ayant conscience de l’importance de la question apprennent avec les producteurs et développent petit à petit un savoir-faire concret.

A titre d’illustration, un groupe de 15 conseillers techniques spécialisés sur le cacao est engagé avec 250 producteurs et l’appui du CIRAD sur l’amélioration des performances des plantations traditionnelles sous ombrage. Le CIRAD a également été sollicité pour accompagner/former les conseillers techniques spécialisés en fonction des problématiques agricoles locales relevant de l’agriculture durable (restitution de la fertilité des sols dans le nord, pratiques culturales à développer pour préserver les sols forestiers, raisonnement de la lutte chimique et pratiques alternatives sur le maraîchage, amélioration des pâturages pour l’intensification de l’élevage bovin).

Support de présentation, séminaire Saly 2021

 

 

Dr. Bouba MOUMINI

Coordonnateur du Programme de Consolidation et de Pérennisation du conseil agricole (PCP-ACEFA)
+237 694 18 86 50
muminibouba@pcpacefa.org

 

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