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Réseau FAR

05
Fév
2021

Côte d’Ivoire / Interview de Siaka Koné, directeur de l’École Supérieure d’Agronomie

“Assoir une véritable stratégie de la formation professionnelle agricole au niveau régional”. Siaka Koné, directeur de l’École Supérieure d’Agronomie à Yamoussoukro, revient sur la réforme de son établissement, qui a permis d’élargir l’offre de formation tout en modifiant l’architecture pour la rendre conforme au système LMD. Et nous apporte son regard sur le dispositif de la formation agricole et rurale en Côte d’Ivoire et son continuum d’apprentissage.

Pouvez-vous nous présenter l’ESA en quelques mots ?

L’École Supérieure d’Agronomie (ESA) est un établissement d’enseignement Supérieur et de Recherche, sous tutelle du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique de l’État de Côte d’Ivoire. L’ESA est née en 1996 de la fusion de deux prestigieuses grandes écoles de formation des cadres supérieurs dans le domaine des sciences agronomiques à savoir l’École Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA) et l’Institut Agricole de Bouaké (IAB).

L’École Supérieure d’Agronomie fait partie des écoles de l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), crée en 1996. L’INP-HB provient de la fusion et de la restructuration de l’École Nationale Supérieur d’Agronomie (ENSA), de l’École Nationale Supérieure des Travaux Publics (ENSPT), de l’Institut Agricole de Bouaké (IAB) et de l’Institut National Supérieur de l’Enseignement Technique (INSET). Quatre établissements que l’on désignait communément sous le vocable de grandes écoles de Yamoussoukro.

L’objectif de l’ESA est de mettre à la disposition de la Côte d’Ivoire, de la Sous-Région, et du monde des ressources humaines qualifiées dans le domaine des sciences agronomiques.

L’École Supérieure d’Agronomie est localisée dans la capitale administrative de la Côte d’Ivoire, Yamoussoukro, situé à environ 250 Kilomètres d’Abidjan. L’ESA est implantée sur le site Nord de l’INP-HB à 9 Km du centre-ville de Yamoussoukro.

A quels métiers se destinent vos étudiants ?

Notre architecture de formation propose un portefeuille diversifié de formation. L’ESA délivre cinq formations diplômantes et des formations qualifiantes (agri-preneurs), à savoir :

  • le diplôme d’Ingénieurs Agronomes (IA), BAC+5 ;
  • le diplômes d’Ingénieurs des Techniques Agricoles (ITA), BAC+4 ;
  • le diplôme de Techniciens Supérieurs en Agronomie (TSA), BAC+3 ;
  • le diplôme de Master, BAC+5 ;
  • le diplôme de Mastère Spécialisé ;
  • divers certificats (Agri-preneur et Auto emplois) via l’incubateur de l’ESA.

Nous accueillons environ 300 étudiants/an. Pour l’année universitaire 2020-2021, nous avons 310 étudiants au total, dont 40% de filles et 5% d’étudiants internationaux venant du Bénin (1), des Comores (5), du Congo (7) et de la France (1). En termes de mobilités étudiantes, nous avions 24 étudiants qui ont été admis en mobilité vers l’Israël à Agrostudies dont 8 filles ; 6 étudiants ont été admis en bi-diplomation (Diplôme d’Ingénieur Agronome) à Montpellier SupAgro (financement Union Européenne) ; et 1 étudiant qui a été admis en co-diplomation à HEC Paris.

En outre nous sommes lancés dans un programme de certification de notre diplôme d’Ingénieur Agronome par la Commission des Titres d’Ingénieur de France (CTI) qui était prévu pour la campagne 2019 et finalement reporté à la campagne 2022 à cause de la crise de la COVID 19 et un programme de reconnaissance de tous nos diplômes par le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES).

Les types de métiers que nos étudiants peuvent exercés sont divers et variés, il s’agit entre autres : conseiller agricole ou de gestion, conseiller installation, responsable d’exploitation agricole, chargé de mission environnement, ingénieur approvisionnement/collecte, ingénieur technico-commercial, sélectionneur, ingénieur d’études / de recherche, ingénieur expérimentation, ingénieur certification, ingénieur de production, ingénieur logistique, ingénieur qualité, ingénieur commercial, ingénieur marketing, chargé d’affaires agricoles, agent de développement, animateur, chargé de mission, chargé d’études, formateur, conseiller technique Ministères Technique, cadre administratif…

Ces dernières années, l’ESA a engagé des réformes importantes. Pouvez-vous nous présenter les grands chantiers menés et les résultats obtenus ?

De 2015 à 2018, l’ESA a fait la réforme de son système de formation dans le cadre de son Projet de Rénovation pédagogique et institutionnel, financé par l’AFD à travers le Contrat de Désendettement et de Développement (CDD). Dans ce projet, il était question de moderniser l’ESA dans ses dimensions pédagogique et institutionnelle, afin d’accroître l’employabilité des diplômés et répondre efficacement aux besoins des professionnels du secteur agricole et agro-alimentaire ivoirien et sous régional. De manière plus spécifique, il s’agissait de :

  • moderniser les formations en vue de l’intégration au système LMD, en adéquation avec les besoins socio-professionnels ;
  • moderniser et adapter les équipements pédagogiques et scientifiques, en lien avec les cursus rénovés ;
  • renforcer les capacités du personnel pédagogique, technique et administratif.

Les principaux résultats que nous avons pu obtenir sont les suivants :

  • Sur la modernisation des formations (architecture et contenu)
    • Création de 2 nouveaux parcours de formation en Bac+6 : Mastère Professionnel en Foncier Rural et Mastère Professionnel en Halieutique et Aquaculture.
    • Création de 8 nouveaux parcours de formation en Bac+5 : 4 Pré-Spécialisations créées pour le cycle des Ingénieurs Agronomes (agriculture et ressources animales ; industries agricoles, alimentaires et chimie ; économie, gestion et développement ; génie rural, eaux, forêts et environnement), Master en Halieutique et Aquaculture, Parcours en Agribusiness , Parcours en Changement Climatique et Développement Durable, Parcours en Agroéquipement.
    • Création de 2 nouveaux parcours de formation en Bac+4 : Aménagement Hydroagricole et Machinisme Agricole.
    • Création de 4 nouveaux parcours de formation en Bac+3 : cultures pérennes ; fruits tropicaux ; gestion des organisations professionnelles agricoles et technologie alimentaire (produits céréaliers, produits laitiers, viandes et produits de la pêche).
    • Mise en œuvre de 2 programmes d’incubation (6 à 12 mois)
    • Analyse prospective du secteur agricole en Côte d’Ivoire.
    • Référentiel Métier et de compétences de l’ESA disponible.
    • 28 Maquettes pédagogiques de l’ESA rénovées et disponibles.
    • Tous les Syllabus des Parcours disponibles.
    • L’organisation et le pilotage pédagogique de la formation dynamisée.
  • Sur la modernisation des équipements pédagogiques et scientifiques
    • La Liste exhaustive des équipements pédagogiques et scientifiques de l’ESA en lien avec les nouveaux cursus est disponible.
    • L’acquisition d’équipements pédagogiques et scientifiques au profit des département de formation et de recherches.
  • Sur le renforcement des capacités
    • Mobilités sortantes diplômantes : 3 Masters financés et obtenus avec succès ; 5 Thèses financées et obtenus avec succès ; 3 Étudiants en Bi-diplomation à Montpellier SupAgro diplômés avec succès.
    • Mobilités Sortantes Qualifiantes : 9 Enseignants-Chercheurs ont réalisé des séjours scientifiques en France ; 14 Personnels Administratifs et Techniques formés en France.
    • Mobilités entrantes (5 Enseignants-Chercheurs, cours à l’ESA) :
    • Enjeux et Défis en Élevage (Prof Maryline Kouba, Agro Campus Ouest, France)
    • Systèmes Alimentaires Territorialisés (Prof Jean-Louis Rastoin, SupAgro, France)
    • Gouvernance et Analyse des Chaînes de Valeur (Prof Betty Wampfler, SupAgro, France)
    • Agriculture de Précision (Camille, NETAFIM, Côte d’Ivoire)
    • Apprentissage des Langues Étrangères : Anglais (Jean-Marc Depierre, SupAgro, France)
    • Formation in situ à l’ESA :
    • 30 Enseignants-Chercheurs de l’ESA formés à l’Ingénierie de la formation.
    • 47 Étudiants de l’ESA, formés à l’observation et à la compréhension d’un système agraire ivoirien.
    • 8 Personnels administratifs, techniques et pédagogiques, 2 professionnels et 1 étudiant formés à la démarche de la certification CTI.
    • 20 Techniciens de laboratoire formés à la Gestion des Laboratoires.

Quels sont les impacts pour les étudiants formés ?

La rénovation de l’ESA a marqué un changement dans la formation des étudiants ainsi qu’au niveau de leur insertion.

Au niveau de la formation des étudiants, la rénovation des maquettes pédagogiques et des contenus de la formation a permis aux étudiants de s’impliquer personnellement dans leur propre formation à travers la valorisation du Temps de travail Personnel de l’Étudiant (TPE), à travers également l’adéquation entre les différentes unités d’enseignements d’une part et l’adéquation entre les doses de théorie et de pratique d’autre part.

En outre, la rénovation du contenu de la formation de l’ESA a amélioré l’employabilité de ses étudiants. Depuis 2016, les offres de stage que nous recevons sont pratiquement le double des demandes de stage des étudiants. Au cours de l’année scolaire 2019-2020, nous avons obtenus 173% d’offres de stage.

Après leur formation, les étudiants de l’ESA sont tout de suite opérationnels sur le marché de l’emploi. Selon nos statistiques, 66% des diplômés obtiennent leur premier emploi dans les six premiers mois de l’obtention de leur diplôme et 86% intègrent leur premier emploi dans le délai des douze premiers mois.

Comment s’intègre votre établissement dans le dispositif national de formation agricole ?

Depuis la réforme, les diplômes de l’ESA s’intègrent dans le système LMD aux niveaux Licence et Master. Ce qui fait que le dispositif de la formation agricole en Côte d’Ivoire est continu avec les niveaux BEPC, Bac, Bac+2, Bac+3, Bac+4 et Bac+5. L’INP-HB, à travers son école Doctorale Polytechnique, permet d’atteindre le niveau Bac+8 qui est le dernier niveau de formation du système LMD. L’ESA, par son histoire et ses performances, reste le leader de la formation agricole et rurale en Côte d’Ivoire aux niveaux Bac+3, Bac+4 et Bac+5.

La réforme de l’école a permis également d’ouvrir diverses formations qualifiantes à travers un incubateur d’entreprises agricoles. Par cet incubateur, l’ESA donne la possibilité à tous les jeunes, d’origine diverse et ayant la volonté de se former dans le domaine agricole, d’obtenir une attestation dans l’incubateur après avoir passé un temps de formation valorisant. La mise en place de cet incubateur place l’ESA à un niveau de choix de la formation agricole et rural en Côte d’Ivoire. L’incubateur de l’ESA a favorisé la création d’au moins 20 entreprises agricoles par des jeunes ivoiriens.

Quel regard portez-vous sur le dispositif national de la FAR ?

Le dispositif national de la FAR a besoin d’être approprié davantage par les acteurs locaux et davantage s’adosser sur les opportunités du dispositif international de la FAR. Le réseau FAR, qui a un caractère transnational et une vocation internationale, doit servir de canal de partage d’expériences entre les dispositifs nationaux pour favoriser une double intégration verticale et horizontale entre les acteurs et partenaires du monde agricole.

  • L’intégration verticale permettra une meilleure articulation entre les différentes strates du monde rural et favorisera le décloisonnement des défis et enjeux du développement agricole. Ce décloisonnement vertical, permettra une meilleure synergie entre les acteurs et la mise en œuvre de stratégies entre les acteurs autour des questions de formation, de carrières, d’emplois et de développement durable de l’agriculture respectueuse de l’environnement.
  • L’intégration horizontale favorisera le dialogue et la mutualisation des ressources d’une catégorie d’acteurs. Cette intégration contribuera à développer des réponses adaptées aux défis de la formation et de l’insertion des jeunes.

Quelles sont vos idées pour améliorer le continuum des apprentissages dans le secteur agricole et rural dans votre pays (formation de producteurs, formation de techniciens et techniciens supérieurs, formation supérieure et lien avec la recherche) ?

Aujourd’hui face aux chômages des jeunes et des enjeux du développement agricole et des opportunités offertes par l’économie du savoir, on assiste dans nos pays à la création d’écoles de formation professionnelles agricoles. Ces écoles se créent souvent dans une logique de rentabilité sans forcement tenir compte des enjeux et difficultés inhérentes aux métiers de la formation agricole. Ainsi, on assiste à un chômage croissant de jeunes mal ou insuffisamment formés. Cette situation est le plus souvent causé, par une absence de cadre réglementaire et une politique structurante en matière de formation professionnelle agricole.

Ce cadre réglementaire, pourrait être proposé et porté par le réseau FAR des différents pays, afin d’assoir une véritable stratégie de la formation professionnelle agricole au niveau régional avec une application au niveau national. Pour ce faire, le réseau FAR international, en appui avec les réseaux de la FAR nationaux, peut porter l’initiative auprès des décideurs politiques et des partenaires techniques et financiers afin d’impulser une telle réflexion qui permettra de poser les bases de la réflexion d’une stratégie régionale de la formation professionnelle agricole.

Cette stratégie pourra mieux proposer les différentes articulations pouvant garantir un continuum de la formation professionnelle agricole au service de la formation des acteurs du monde rural tout le long de la vie.

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